Segolène Royal, invitée de J.J. Bourdin le 17.12.2008
Jean-Jacques BOURDIN
Ségolène ROYAL est avec nous ; Ségolène ROYAL, bonjour !
Ségolène ROYAL
Bonjour !
Jean-Jacques BOURDIN
Merci d'être avec nous. Alors je vais vous lire une petite phrase et vous allez me dire qui l'a dite cette phrase : « Le vrai changement au PS ce serait de gagner. »
Ségolène ROYAL
Tous les socialistes pourraient dire ça !
Jean-Jacques BOURDIN
Non, c'est Bertrand DELANOË qui a dit ça ! « Le vrai changement au PS ce serait de gagner. » Bah, dites-moi, le vrai changement c'est Malek BOUTIH au gouvernement ? Vous avez entendu parler de cette rumeur ?
Ségolène ROYAL
J'ai entendu parler de cette rumeur, oui, oui, en effet.
Jean-Jacques BOURDIN
Qu'en penseriez-vous ; c'est une trahison, ce serait une trahison ?
Ségolène ROYAL
Bah, écoutez, tant que ce n'est pas fait je pense que je n'ai pas à commenter des hypothèses qui ne sont pas…
Jean-Jacques BOURDIN
Non, non, mais si… il va à la soupe, il irait à la soupe BOUTIH, Malek BOUTIH ?
Ségolène ROYAL
Moi, je n'aime pas dénigrer ou dégrader des initiatives des uns ou des autres.
Jean-Jacques BOURDIN
Non, d'accord, bravo.
Ségolène ROYAL
Ecoutez, il fait ce qu'il veut.
Jean-Jacques BOURDIN
Bon, il fait ce qu'il veut.
Ségolène ROYAL
En tout cas attendons confirmation avant de le commenter, oui.
Jean-Jacques BOURDIN
Ségolène ROYAL, est-ce que Patrick de CAROLIS aurait du démissionner ?
Ségolène ROYAL
Je pense en tout cas qu'il a du manger son chapeau, parce que vu les déclarations qu'il a faites et être obligé là d'organiser lui-même la fin de la publicité et puis surtout ce qui choque les Français c'est la désignation du futur président de FRANCETELEVISIONS en conseil des ministres. Je pense que de la part du président de la République c'est quand même maltraiter un serviteur du service public que de l'avoir obligé à procéder lui-même à cette réforme. Mais bon…
Jean-Jacques BOURDIN
Et il aurait du démissionner ou pas ?
Ségolène ROYAL
Ça, c'est à lui de voir. C'est à lui de voir. Moi, je ne veux pas faire d'annonce. Vous savez, personnaliser sur les uns ou sur les autres c'est une question de…
Jean-Jacques BOURDIN
Question de comportement.
Ségolène ROYAL
D'évaluation personnelle et…
Jean-Jacques BOURDIN
Et d'esprit d'indépendance.
Ségolène ROYAL
Ce qu'on lui demande de faire par rapport… son indépendance et par rapport à ses convictions. D'une façon générale, moi je crois qu'il faut toujours que le comportement soit en phase avec les convictions qui ont été défendues. Mais le plus important ce n'est pas le devenir de telle ou telle personne individuellement, c'est que va devenir le service public dans ce contexte et pourquoi Nicolas SARKOZY fait des cadeaux à ses amis des chaînes privées, parce que l'enjeu il est bien là, c'est de transférer une ressource financière vers TF1 en particulier et vers d'autres chaînes privées et de laisser le service public dans une incertitude quant à ses ressources futures, on le sait bien, tout en mettant sous sa coupe le futur dirigeant de cette chaîne publique. Et je crois qu'il y a un grand malaise dans ce grand service public, il y a un grand malaise aussi dans les antennes de FRANCE 3 Régions et je pense qu'il n'est jamais bon de déstabiliser le service public et surtout le service public de l'audiovisuel qui a déjà fort à faire avec la concurrence de nouveaux médias, Internet en particulier. Donc dans les années qui viennent il va y avoir une mutation profonde de l'audiovisuel en général ; les Français consomment différemment l'audiovisuel, sont beaucoup plus curieux, sont beaucoup plus aussi distants par rapport à ce qu'on leur assène souvent et en même temps il y a une emprise financière en France des grands groupes industriels sur les médias qui est sans comparaison avec ce qui se passe dans d'autres pays européens.
Jean-Jacques BOURDIN
On manque d'esprit d'indépendance, si j'ai bien compris, dans ce domaine-là en France ? On manque de clarté et de transparence.
Ségolène ROYAL
On manque de vision. Et c'est le cas dans beaucoup de secteurs de la politique. C'est-à-dire on l'a impression d'une accumulation de mesures touche à tout, parfois contradictoires, sans qu'il y ait d'objectif clair, de vision claire. On ne sait pas quelle est la vision du paysage audiovisuel aujourd'hui du gouvernement…
Jean-Jacques BOURDIN
Bah, la première vision c'est moins de pub sur les télés publiques, c'est bien ça, les Français sont contents ! Vous n'aurez plus de pub à partir de 20h30 sur les chaînes publiques ! Les Français sont contents…
Ségolène ROYAL
Ça dépend qui va payer. Vous savez, les Français…
Jean-Jacques BOURDIN
Le Français, le téléspectateur lui il est content, il le dit.
Ségolène ROYAL
Oui, il le dit moyennement, parce qu'il sent bien que de toute façon quelqu'un va devoir payer. Donc soit c'est la publicité qui paie, soit ce sera ensuite les impôts, donc la redevance, et à un moment où le pouvoir d'achat est quand même durement frappé les Français sont dubitatifs.
Jean-Jacques BOURDIN
Pour l'instant ce n'est pas la redevance, ce sont des taxes sur les télévisions privées et sur les fournisseurs d'accès Internet et sur la téléphonie mobile, pour l'instant qui paient.
Ségolène ROYAL
Oui, bien sûr, pour l'instant. Mais qui paye ? Qui va payer ces taxes ? C'est quand même le consommateur au bout du compte, donc c'est quand même un impôt indirect et depuis que la droite est au pouvoir il y a eu pratiquement un impôt supplémentaire par mois, donc là il y a en effet des impôts nouveaux qu'on appelle taxes, mais ce sont des impôts, Monsieur BOURDIN…
Jean-Jacques BOURDIN
Si j'ai bien compris, Nicolas SARKOZY tient la télécommande et nous contrôle, quoi…
Ségolène ROYAL
Vous le savez, ça ne surprend plus personne.
Jean-Jacques BOURDIN
C'est ça ? Vous pensez ça ? Vous pensez qu'il cherche à nous contrôler, nous citoyens ?
Ségolène ROYAL
Peut-être pas sur la chaîne sur laquelle nous sommes là, qui est indépendante…
Jean-Jacques BOURDIN
Non, là qui est indépendante, je ne vais pas vous le dire, croyez-moi !
Ségolène ROYAL
Et du pouvoir en place et des puissances financières au pouvoir…
Jean-Jacques BOURDIN
Oui, puisque nous sommes seuls.
Ségolène ROYAL
Je pense aussi que les rédactions ont une capacité de résistance et d'indépendance qui peut-être va justement s'organiser, va monter pour résister en effet à cette volonté de main mise sur les médias. Bien sûr, on le sait qu'elle est là, ne soyons pas hypocrites, cette volonté de main mise du pouvoir sur les médias.
Jean-Jacques BOURDIN
Alors avant de parler des lycéens, de l'Education nationale, je voudrais parler du travail le dimanche, le travail dominical, 4 000 amendements ont été déposés ; des amendements crétins, dit Jean-François COPE. Des amendements crétins…
Ségolène ROYAL
Oui, ce sont des amendements qui permettent de faire durer le débat, mais je crois qu'ils sont nécessaires ces amendements. Pourquoi ? Parce que là aussi quel est le problème de fond qui est posé ; c'est quelle conception de la société avons-nous, quelle conception du vivre ensemble ? Pourquoi forcer les Français à travailler le dimanche ? D'ailleurs ce n'est pas de cela qu'il s'agit exactement, on parle du travail du dimanche, il y a déjà 7 millions de Français qui travaillent le dimanche, en particulier dans les services publics, dans les hôpitaux, par exemple. Donc ce qui est en jeu aujourd'hui c'est l'ouverture ou non des grandes surfaces le dimanche. Est-ce que l'on n'a pas autre chose à proposer aux Français comme activité familiale le dimanche que de continuer à consommer ce jour-là ? D'ailleurs les grandes surfaces savent ce qu'elles font en demandant cela, parce que vous savez que quand on fait ses courses en famille avec les enfants on dépense 30 % de plus, parce que c'est la sortie, les enfants mettent des choses dans le Caddy, on ne peut pas résister à tout, donc elles savent parfaitement. Mais ce que les gens vont acheter le dimanche ils n'ont pas de pouvoir d'achat supplémentaire, ils n'ont pas de revenus supplémentaires, donc au bout du compte aussi c'est une course en avant vers l'endettement, qui est un des fléaux aujourd'hui que subissent les familles. Il vient d'y avoir un rapport sur les crédits revolving, c'est un vrai scandale que le comportement des banques. Et regardez comment tout est lié dans la politique aujourd'hui…
Jean-Jacques BOURDIN
Vous interdiriez les crédits revolving aujourd'hui ?
Ségolène ROYAL
Oui, j'interdirais les crédits revolving, ça fait longtemps que je le dis.
Jean-Jacques BOURDIN
Définitivement ou occasionnellement, ponctuellement ?
Ségolène ROYAL
J'interdirais les crédits revolving de la banque, de la même banque qui a déjà endetté une famille ou un citoyen. Pourquoi ? Parce que ces crédits sont à 18, 19, voire 20 %. Et donc en contrepartie du soutien qui vient d'être fait au système bancaire financier j'avais demandé que le gouvernement en contrepartie exige une réforme des tarifications bancaires. Aujourd'hui les banques font leurs profits sur les petits et sur les moyens salaires par ces crédits scandaleux à la consommation. Il y a même de nouvelles publicités aujourd'hui, alors que les Français sont déjà en situation d'endettement très inquiétante, c'est le système américain finalement qui a conduit au krach financier, c'est ce système de surendettement des citoyens. Et on voit aujourd'hui ce système qui non seulement se perpétue, puisqu'il semblerait que les subprimes ont continué aux Etats-Unis, mais aujourd'hui en France l'encouragement au crédit et à l'endettement des familles, c'est ce qui conduit ensuite à la crise économique, donc il faut mettre un coup d'arrêt et actuellement on peut vraiment affirmer que l'Etat ne remplit pas ses responsabilités. Et il aurait d'autant plus de raisons de remplir ses responsabilités, c'est-à-dire d'exiger la réforme des tarifications bancaires, qu'il vient de renflouer le système bancaire.
Jean-Jacques BOURDIN
Notre invitée, ce matin, Ségolène ROYAL. Ségolène ROYAL, tiens, sur le travail dominical, dernière chose, j'ai vu que Manuel VALLS était favorable, c'est l'un de vos plus proches…
Ségolène ROYAL
Ce n'est pas ce qu'il a dit. Manuel VALLS est maire d'Evry…
Jean-Jacques BOURDIN
Il a dit ça crée du pouvoir d'achat, puisque le dimanche est mieux payé, et ça a le mérite d'offrir des jobs aux étudiants.
Ségolène ROYAL
Oui. Et surtout il vit aussi… il est maire d'Evry, donc avec des grandes surfaces très importantes…
Jean-Jacques BOURDIN
C'est vrai partout.
Ségolène ROYAL
Il voit aussi… Enfin les sorties des familles le dimanche souvent sont dans les grandes surfaces. Mais, je le répète, la question c'est le sens que l'on donne à une société. Il vaudrait mieux ouvrir tous les musées gratuitement le dimanche ou des activités sportives.
Jean-Jacques BOURDIN
Remarquez, on ne peut pas être toujours d'accord, même avec ses proches.
Ségolène ROYAL
Mais souvent les familles… Quand les commerces sont ouverts le dimanche, que les familles vont dans le commerce, c'est souvent parce que le reste n'est pas ouvert. Moi, je préférerais une société qui s'organise autour du vivre ensemble, de la culture, du sport, de l'échange, de l'environnement, de l'écologie, de l'éducation populaire, que d'ouvrir comme seule activité familiale de distraction la sortie au supermarché, avec, je le répète, une tentation à la consommation qui est très forte quand on fait ses courses en famille, donc de l'endettement supplémentaire souvent.
Jean-Jacques BOURDIN
Ségolène ROYAL, question directe ; est-ce que Xavier DARCOS doit retirer sa réforme du lycée ?
Ségolène ROYAL
De fait, je pense que Xavier DARCOS n'aura plus les moyens politiques de réformer l'éducation et c'est très dommage. C'est très dommage.
Jean-Jacques BOURDIN
C'est-à-dire n'aura plus les moyens ?
Ségolène ROYAL
C'est fini.
Jean-Jacques BOURDIN
C'est fini ?
Ségolène ROYAL
Il est décrédibilisé.
Jean-Jacques BOURDIN
Enfin est-ce qu'il doit démissionner alors, partir ?
Ségolène ROYAL
Ça, c'est la responsabilité du gouvernement, du président de la République.
Jean-Jacques BOURDIN
Mais il est fini, Xavier DARCOS ?
Ségolène ROYAL
Je pense que Xavier DARCOS a perdu toute crédibilité pour réformer l'éducation. Pourquoi ? Parce que les lycéens ils sont comme tous les Français. Qu'ont-ils vu les lycéens ? Ils ont vu les milliards dégouliner sur les banques et d'un autre côté des moyens retirés à l'éducation. Vous savez, quand un pays en rabat sur l'éducation et sur la formation il fait une mauvaise action. Et aujourd'hui les lycéens sont anxieux par rapport à leur avenir. Que voient-ils ? Ils voient leurs parents au chômage, ils voient les plans de licenciements, ils voient que l'éducation débouche souvent sur pas grand-chose, c'est-à-dire en terme de niveau de salaire, ils voient qu'il y a des inégalités insupportables entre les jeunes, c'est-à-dire ceux qui sont accompagnés ou qui sont pistonnés pour trouver des stages et des emplois et les autres qui n'ont rien, donc les jeunes se révoltent aussi par rapport au manque d'ouverture de la société d'aujourd'hui. Ils ont raison de le faire.
Jean-Jacques BOURDIN
Oui, mais tout le monde dit il faut une réforme du lycée, il faut une réforme du lycée.
Ségolène ROYAL
Moi, je suis toujours pour la réforme quand elle améliore les choses. Mais quand les réformes vont dans la régression, c'est-à-dire qu'elles donnent le sentiment en plus du mépris ; vous savez le mot qui revient le plus chez les lycéens et les enseignants c'est le mot de mépris, c'est-à-dire qu'on a à la fois…
Jean-Jacques BOURDIN
Xavier DARCOS méprise les enseignants, les lycéens, les parents d'élèves ?
Ségolène ROYAL
Oui. Je pense que le gouvernement actuel, le président de la République actuel, oui, méprise le monde enseignant et méprise l'Education nationale par la façon dont il s'y prend ; supprimer des dizaines de milliers de postes sans remettre en cause ou sans entamer un dialogue, là aussi sur le sens de l'éducation aujourd'hui et sur les besoins actuels des jeunes et des enseignants, oui, c'est une forme insupportable de mépris dans la façon…
Jean-Jacques BOURDIN
Alors est-ce que vous souhaitez…
Ségolène ROYAL
Vous voyez, c'est le cas sur les autres domaines, mais c'est plus grave sur l'Education nationale. Quand le pilotage politique, quand la forme de décision politique ne tient pas compte de l'avis des gens, de ce que j'appelle moi la démocratie participative, c'est-à-dire lorsque les réformes ne sont pas construites avec les principaux intéressés, alors elle tourne mal. Et je vais vous dire, il y a un malaise profond dans le monde enseignant. Voilà une profession qui se sent en effet, je le répète, méprisée. Or les enseignants sont en première ligne, sont à l'avant-garde de la préparation de l'avenir des jeunes de demain.
Jean-Jacques BOURDIN
Est-ce que vous souhaitez que la mobilisation se poursuive ?
Ségolène ROYAL
Je souhaite qu'il y ait une bonne politique de l'Education nationale.
Jean-Jacques BOURDIN
Je vous pose la question ; est-ce que vous souhaitez que la mobilisation se poursuive ?
Ségolène ROYAL
Je pense que… Moi, je suis toujours pour que les jeunes travaillent et soient dans les lycées pour travailler.
Jean-Jacques BOURDIN
Donc vous dites aux jeunes maintenant rentrez dans les lycées ?
Ségolène ROYAL
Non, ce n'est pas ce que je leur dis ; je leur dis que je comprends ce qu'ils veulent dire, je comprends leur cri d'inquiétude, je pense qu'ils ont bien…
Jean-Jacques BOURDIN
Mais soyez responsables, rentrez dans les lycées.
Ségolène ROYAL
Non, ce n'est pas ce que je leur dis. J'attends du gouvernement d'abord qu'il dise et qu'il fasse des choses structurées et solides et cohérentes sur l'éducation…
Jean-Jacques BOURDIN
Qu'il retire sa réforme, toute la réforme ?
Ségolène ROYAL
Mais ce n'est pas… C'est presque anecdotique, puisque de toute façon il n'a même pas commencé le début de l'application de cette réforme. On ne peut pas réformer un corps malade. On ne peut pas réformer un corps malade. Et on ne peut pas réformer contre les gens.
Jean-Jacques BOURDIN
Bon, bah, alors que doivent faire les lycéens, les professeurs aujourd'hui ?
Ségolène ROYAL
D'abord que doit d'abord faire…
Jean-Jacques BOURDIN
Comment se faire entendre ?
Ségolène ROYAL
Que doit d'abord faire le gouvernement ? Il doit reprendre le dialogue et respecter les enseignants et les jeunes. D'ailleurs vous avez vu que les parents d'élèves aussi sont aux côtés des jeunes, donc ce n'est pas un hasard.
Jean-Jacques BOURDIN
Pas tous.
Ségolène ROYAL
Ce n'est pas un hasard. Aujourd'hui, on demande à l'école de résoudre les problèmes dont elle n'a pas la charge ; le problème du chômage, le problème de la formation professionnelle, le problème de l'entrée dans le monde du travail, la question de l'angoisse par rapport à la mondialisation. Pourquoi est-ce que c'est devenu aujourd'hui tellement difficile d'élever les jeunes, et pour les parents et pour les enseignants ? Donc la première priorité d'une réforme de l'Education nationale c'est de donner aux enseignants des moyens de formation professionnelle. On ne peut plus aujourd'hui enseigner aux jeunes comme hier. Donc on a des enseignants, je les ai beaucoup rencontrés les enseignants dans la région que je préside, qui se sentent démunis par rapport à la tâche immense que la République leur demande. Puisque la République leur demande aussi de réparer ce qui va mal dans les familles et dans la société, mais ça n'est pas leur rôle, ça n'est pas leur rôle. Donc il faut à la fois régler les problèmes qui existent autour de l'école et notamment au niveau du collège et de l'école primaire la question de la violence à la périphérie de l'école qui rentre dans l'école et ça c'est devenu intolérable pour les enseignants et pour les élèves et c'est une question très angoissante pour les parents et en ce qui concerne l'enseignement professionnel et les lycées c'est la question des débouchés vers des formations qualifiantes et vers des métiers qui vont permettre des salaires décents. Et aujourd'hui il y a un grand doute, il y a même la démonstration du contraire et donc il y a une urgence dans la réforme de l'école, mais sur de bonnes réformes.
Jean-Jacques BOURDIN
Mais vous ne m'avez pas répondu, Ségolène ; est-ce que vous souhaitez que la mobilisation se poursuive ? Vous ne m'avez pas répondu !
Ségolène ROYAL
Mais, vous savez, la politique ce n'est pas en noir et blanc et ce n'est pas en oui et non, je sais trop comment les propos sont repris d'une responsable politique par rapport au schématisme et aux jugements cassants. Donc ce que je pense c'est que cette mobilisation a été très utile parce qu'elle a permis de mettre en lumière des problèmes cruciaux de la société français auxquels le gouvernement actuel doit répondre et il y a des solutions que l'on peut apporter à l'école, il faut aussi que les élèves aient leurs examens à la fin de l'année scolaire…
Jean-Jacques BOURDIN
Oui, donc il faut être raisonnable.
Ségolène ROYAL
Non, il ne faut pas être raisonnable, ce n'est pas ce que j'ai dit !
Jean-Jacques BOURDIN
Bon d'accord, bon d'accord, alors je ne dis rien !
Ségolène ROYAL
Mais la balle est dans le camp du gouvernement…
Jean-Jacques BOURDIN
Bon d'accord !
Ségolène ROYAL
Vous savez, ce n'est pas facile pour des lycéens…
Jean-Jacques BOURDIN
C'est à lui de reprendre la main ? C'est au gouvernement de reprendre la main ?
Ségolène ROYAL
C'est au gouvernement de reprendre la main et de répondre concrètement à la fois en terme de moyens matériels donnés à l'école, parce qu'il y a une paupérisation des élèves. Vous savez que 20 %, par exemple, des étudiants vivent en dessous du seuil de pauvreté…
Jean-Jacques BOURDIN
Est-ce que…
Ségolène ROYAL
Est-ce que… Non, mais, attendez, il y a des étudiants qui dorment dans les voitures, il y a des étudiants qui dorment dans les caravanes près des cités universitaires, il y a des étudiants qui ne mangent pas à leur faim ; est-ce que vous croyez que c'est normal dans la France d'aujourd'hui ? Alors je vois que le président de la République aujourd'hui va à Polytechnique…
Jean-Jacques BOURDIN
Oui, parler de la diversité.
Ségolène ROYAL
Oui, eh bien moi je voudrais qu'il aille dans les universités pour qu'il voit l'état de délabrement matériel des universités dont l'Etat a la responsabilité. Et combien de fois ai-je dis mais donnez-nous, nous aux régions, la responsabilité avec les moyens financiers qui vont avec, pour pouvoir redresser l'université et donner des moyens normaux, cohérents, dignes aux étudiants pour travailler. Il y a trop d'inégalités. Il va à Polytechnique, eh bien qu'il nous dise quel est l'écart de dépenses publiques entre l'élève qui va dans une grande école où il n'y a que 5 % de fils d'ouvriers et d'employés, c'est-à-dire moins que dans les années soixante, soixante-dix, et ce que dépense l'Etat pour un élève qui est dans une université, vous verrez la différence. L'échelle va au moins de 1 à 20, et ça c'est inadmissible qu'il y ait un tel système d'enseignement supérieur inégalitaire en France, il y a d'autres façons de procéder. Et je crois que tous les élèves ont droit aux conditions de travail qu'il y a dans les grandes écoles. Voilà en tout cas moi mon projet éducatif.
Jean-Jacques BOURDIN
Là, on est d'accord. Très bien, Ségolène ROYAL ! Alors moi j'ai une autre question, deux questions simples et courtes, question et réponse ; vous descendrez dans la rue le 29 janvier prochain ?
Ségolène ROYAL
Si c'est utile et si je suis sollicitée, oui, j'irai. En général, je vais dans la rue dans ma région avec les salariés, les personnels des services publics dans la région que je préside.
Jean-Jacques BOURDIN
Est-ce que la France a le profil grec ? Je veux dire, est-ce que la crise vécue en Grèce peut être malheureusement vécue en France ?
Ségolène ROYAL
Il y a en tout cas des points communs. D'ailleurs je suis invitée par les Grecs à organiser une réunion, un colloque international en début d'année prochaine, donc je regarde très attentivement ce qui se passe dans ce pays. Ce pays était bloqué sur le plan des réformes, puisque le Premier ministre n'avait qu'une voix de majorité au Parlement, donc il ne faisait plus rien. Et à un moment, en effet, il y a eu un sentiment de blocage de la société et la même revendication, je pense, de respect et de dignité des jeunes par rapport à une société qui leur paraît très bloquée. Donc c'est une question qui se pose à l'ensemble des pays développés et des pays industrialisés, où cette génération montante sent bien que sa situation sera moins bonne que celle des générations qui l'ont précédée. Donc c'est véritablement angoissant finalement, parce qu'on a à la fois besoin…
Jean-Jacques BOURDIN
On la mesure l'angoisse.
Ségolène ROYAL
On a besoin des jeunes, de leur énergie, de leur potentiel, de leur créativité, c'est eux qui vont construire le pays de demain, et en même temps on est dans des société qui leur ferment les portes et ça je crois que ça ne peut plus durer et que d'autres solutions sont possibles.
Jean-Jacques BOURDIN
Emma STRACK, les auditeurs de RMC sont avec nous, que disent-ils ?
Emma STRACK
Cette question de Jean-Pierre pour commencer : « Vous avez souvent fait valoir les 102 voix d'écart et votre légitimité à représenter la moitié du Parti socialiste ; reconnaissez-vous aujourd'hui votre défaite et pouvez-vous dire j'ai perdu l'élection au poste de Premier secrétaire ? »
Ségolène ROYAL
Je peux dire que je ne suis pas Premier secrétaire déjà, voilà !
Jean-Jacques BOURDIN
Vous avez perdu ?
Ségolène ROYAL
J'ai perdu dans les chiffres officiels ! Oui, mais je pense…
Jean-Jacques BOURDIN
bon, dans les chiffres officiels ?
Ségolène ROYAL
Oui, dans les chiffres officiels.
Jean-Jacques BOURDIN
Et vous admettez votre défaite là, ça y est ?
Ségolène ROYAL
Mais pour moi la page est tournée, même si je ne suis dupe de rien, vous le savez bien.
Jean-Jacques BOURDIN
Est-ce que Martine AUBRY est légitime ?
Ségolène ROYAL
Bah, je pense qu'elle l'est, oui, aujourd'hui, bien sûr. D'ailleurs je ne ferai rien pour empêcher sa réussite, voilà, mais en même temps je continuerai à m'exprimer au nom du Parti socialiste et je regrette qu'il n'y ait pas eu le rassemblement, sans doute, oui. Bien sûr qu'il y a eu des anomalies et qu'aujourd'hui il y a énormément de militants qui écrivent et qui n'ont pas pu voter, qui étaient sur les listes… les fameuses listes à 20 euros. Donc, voilà, c'est une défaite provisoire, qui prépare, j'espère, d'autres victoires, parce que je tiens vraiment farouchement à ma conception de la politique…
Jean-Jacques BOURDIN
Victoire c'est quoi, c'est en 2012 ?
Ségolène ROYAL
A l'ouverture…
Jean-Jacques BOURDIN
C'est en 2012 ?
Ségolène ROYAL
Il y a des échéances…
Jean-Jacques BOURDIN
Franchement…
Ségolène ROYAL
Il y a des échéances avant…
Jean-Jacques BOURDIN
Oui, enfin d'accord, mais vous pensez à 2012, Ségolène ROYAL, disons-le clairement !
Ségolène ROYAL
Oui, bien sûr, disons-le…
Jean-Jacques BOURDIN
Soyons francs, vous pensez à l'Elysée ?
Ségolène ROYAL
Disons-le clairement, mais d'ailleurs les Français pensent à 2012, c'est-à-dire quelle alternative…
Jean-Jacques BOURDIN
Mais bien sûr !
Ségolène ROYAL
Politique qu'ils vont construire…
Jean-Jacques BOURDIN
Mais c'est l'élection la plus importante.
Ségolène ROYAL
Mais c'est l'élection la plus importante et comme on vient de le voir sur des sujets très importants ; sur l'audiovisuel, sur l'éducation, l'audiovisuel qui touche aux questions de la culture, sur la politique économique, sur les services publics, je pense qu'un autre modèle de société est possible et c'est mon engagement politique premier aujourd'hui.
Jean-Jacques BOURDIN
Alors j'ai trois questions politiquement concrètes, Ségolène ROYAL. La première : quel journal télévisé regardez-vous ; celui de Laurence FERRARI ou celui de David PUJADAS ? Ça, c'est une question piège !
Ségolène ROYAL
Eh bien, écoutez, en général à huit heures pile poil je ne suis pas encore forcément devant la télévision, donc je regarde beaucoup les journaux télévisés ensuite sur Internet, je regarde un peu tout, je lis les scripts…
Jean-Jacques BOURDIN
Ah bon… Vous ne vous mouillez pas. Vous regardez BFM TV, j'espère, de temps à autre ?
Ségolène ROYAL
Bien sûr, rassurez-vous !
Jean-Jacques BOURDIN
Bon, j'espère, Ségolène ROYAL ! Est-ce que vous savez, alors ce n'est pas une question, mais maintenant ça baisse tellement, le litre de gazole est à combien là aujourd'hui ?
Ségolène ROYAL
En dessous d'un euro, là il est descendu à 90.
Jean-Jacques BOURDIN
Ouais, quand même un peu plus… 90 c'est un record quand même…
Ségolène ROYAL
Oui, oui, mais on y va.
Jean-Jacques BOURDIN
98, 97…
Ségolène ROYAL
Mais remarquez que…
Jean-Jacques BOURDIN
Mais c'est bien ça !
Ségolène ROYAL
Ça va arriver à 90, semble t-il.
Jean-Jacques BOURDIN
Ça donne du pouvoir d'achat.
Ségolène ROYAL
Oui, oui, bien sûr, sauf que vous avez remarqué en général quand même quand l'essence… quand le prix du brut monte c'est beaucoup plus rapide à la hausse qu'à la baisse, parce que la baisse du prix du brut elle date d'il y a plusieurs mois, la baisse du gazole il a fallu attendre plusieurs mois pour l'avoir à la pompe.
Jean-Jacques BOURDIN
Alors Malek BOUTIH refuse, enfin il dit… il dément tout ça, tant mieux !
Ségolène ROYAL
Il a raison.
Jean-Jacques BOURDIN
Alors dernière question, tiens entre copines on se donne des conseils sur le look souvent, quel conseil donneriez-vous à Martine AUBRY ?
Ségolène ROYAL
Non, mais vous savez moi je ne rentre pas dans ces considérations. Je lui donnerais un conseil politique à Martine AUBRY, ah bah voilà !
Jean-Jacques BOURDIN
Bah, tiens, quel conseil politique lui donneriez-vous, Ségolène ROYAL ?
Ségolène ROYAL
Je peux quand même dire que je regrette qu'elle n'ait pas fait preuve d'ouverture. Vous savez, je pense qu'on ne peut pas ouvrir un parti sur une société si on commence par le fermer à la moitié des siens.
Jean-Jacques BOURDIN
Donc il faut qu'elle s'ouvre, quoi, il faut qu'elle se…
Ségolène ROYAL
Voilà, voilà, vous savez j'ai fait quand même plus de 50 % et peut-être un peu plus, on le disait tout à l'heure, de voix dans le parti et je pense qu'on ne peut pas travailler dans le sectarisme et dans la fermeture, je crois que ça ce n'est pas possible, voilà.
Jean-Jacques BOURDIN
Bon, bah, voilà. Et sur le look pas de conseils, non ?
Ségolène ROYAL
Non, non, chacun a sa personnalité.
Jean-Jacques BOURDIN
Chacun a sa personnalité. Merci, Ségolène ROYAL, d'être venue nous voir ce matin.